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Artisanat

Pains & Tradition

Mis en ligne le 07 octobre 2010

« Le pain est vivant »


Issu d’une famille de meuniers et boulangers de père en fils depuis 1732, Jean Kircher, à la tête de la marque Pains & Tradition, porte en lui les us et coutumes de la profession, à commencer par la fabrication de pains de qualité. Une tradition qui repose sur des valeurs simples mais immuables, qui respecte la nature et ses ingrédients.

D’emblée, Jean Kircher se pose comme un défenseur de la technique artisanale, notamment concernant le choix des ingrédients, « fondamental ». « Nous nous efforçons de fabriquer des pains “vivants” c’est-à-dire non trafiqués, sans ersatz, sans émulsifiants, ni exhausteurs de goût. Nous n’utilisons pas d’OGM ou d’autres auxiliaires technologiques. Pour nous, le pain est simplement fait avec des farines, de l’eau, du levain, du sel, de la levure », explique le dirigeant, qui peut se targuer de ne faire que du très haut de gamme. Et pour cause. Question farines, Pains & Tradition n’a recours qu’à des farines bio ou de tradition française, issues des cultures belges, d’outre-Rhin ou hexagonales. Les graines utilisées pour la fabrication sont quasiment toutes bio, « même si nous ne l’affichons pas systématiquement », précise Jean Kircher. Côté origines, le sel vient de Guérande en Bretagne, le beurre d’Échiné, les graines et autres ingrédients d’Italie, de Turquie et d’autres pays de la communauté européenne. « Afin de ne courir aucun risque en matière de traçabilité et de sécurité alimentaire, nous avons opté pour le principe de précaution suivant : nous ne mettons en œuvre que des matières premières dont nous pouvons facilement contrôler l’origine et la fabrication. Et plutôt que de prendre le risque de mélange des origines, nous avons opté pour le choix systématique du bio. C’est notre façon de favoriser le commerce durable et écologiquement protégé », confie le Pdg.

La philosophie du slow baking
Outre la sélection drastique des ingrédients, la société prise une tradition qui favorise le travail de l’homme. Un vrai challenge ici, où près de 50 % du personnel recruté n’était pas qualifié et a suivi une formation pour apprendre le métier de boulanger. Mais Jean Kircher, qui semble faire montre d’un vrai sens du management, se félicite de ce choix : payés en moyenne 30 % de plus que chez les homologues, les employés montrent un réel enthousiasme, s’impliquent dans leurs postes et ne cherchent pas à partir, malgré un régime en 3/8. « Pains & Tradition est une entreprise “passion”, qui incarne à la fois un savoir-faire et un état d’esprit, regroupés sous la bannière du slow baking », indique le P-dg. Derrière cet anglicisme (qui est aussi un label, cf. encadré), c’est en effet tout l’art boulanger qui se profile : « Nous privilégions la fermentation naturelle à température ambiante (23-24°C) que la main de l’homme accompagne. Nous recherchons l’harmonie et l’équilibre du produit fini. L’automatisation industrielle n’est pas de mise ici », explique Jean Kircher. Une philosophie de qualité qui se retrouve également dans le monde du bio, du fair trade et du Slow Food, et pourrait se résumer à une notion de temporalité –laisser le temps au temps– quelque peu tombée en désuétude ces dernières décennies. « Nous n’inventons rien, s’amuse le dirigeant. Nous faisons bien ce que nos anciens savaient faire. » Pour autant, la société n’est pas non plus opposée au progrès : « Nous utilisons le froid et la pré-cuisson ainsi que les températures et humidités maîtrisées pour sécuriser au mieux nos productions. » Une fois de plus, l’occasion se présente pour rappeler que la surgélation ne dégrade pas la qualité. « L’essentiel est que le produit mis en œuvre soit de qualité et c’est là toute la difficulté de la panification moderne qui, à force d’automatisation et de productivité a fait l’impasse sur l’essentiel ! », souligne Jean Kircher.

Rendre au pain ses lettres de noblesse
« Des pains propres, justes et bons qui rendent au produit ses vraies lettres de noblesse et en font un aliment plaisir avec des arômes, du goût, une vraie croûte et une mâche agréable. » Voilà l’objectif retenu par l’entreprise. Pour se convaincre du bien-fondé de cette démarche, Jean Kircher n’hésite pas à faire appel aux dernières études en la matière, qui mettent en exergue les meilleures conditions de fabrication et pointent leurs conséquences directes sur la santé. Ainsi, comme le souligne notre hôte : « Un pain fermenté avec une bonne hydratation, un pétrissage lent et une fermentation dans un milieu naturel optimisé, est un produit plus digeste, avec comme caractéristique forte un apport en sucres lents, et non pas en sucres rapides, comme pour la plupart des baguettes courantes. » L’entreprise travaille par ailleurs sur la réduction de la teneur en sel, avec pour objectif un taux de 1,35 contre 1,6 actuellement.

Du bon pain aux grandes tables
« Nous coopérons avec quelques boulangers certifiés comme nous bio et Slow Baking. Ces passionnés de la qualité sont de vrais maîtres dans leurs spécialités », indique Jean Kircher. Et d’ajouter : « Notre organisation non industrielle nous permet de nous adapter à chaque demande. » Un vrai bon point qui vient répondre aux attentes et besoins des clients, notamment des gastronomes. « Nous cherchons à développer la relation directe de producteur à Chef, en offrant des exclusivités aux belles tables, et une fabrication sur-mesure », explique le P-dg. Si elle prospecte dans un rayon d’environ 250 km autour du site de production, la société compte déjà dans ses rangs une quarantaine d’étoilés Michelin, répartis entre la France, l’Allemagne et la Belgique. « Nous avons par ailleurs un projet de co-branding en Suède », nous livre Jean Kircher. Au-delà de cette frontière virtuelle des 250 km, Pains & Tradition travaille avec des distributeurs. Mais, au grand regret du P-dg, il n’est pas facile de trouver en France un distributeur qui soit vraiment soucieux du produit et désireux de s’associer pleinement au projet, avec toute la dimension éthique qu’il comporte. Un frein au développement, qui semble ne peut exister à l’export, où le dirigeant réalise 95 % de son chiffre d’affaires (6M€). Quant aux belles tables de la capitale, Jean Kircher avoue qu’il aimerait beaucoup y installer ses produits. Et de confier : « Un commercial travaille actuellement sur le sujet ! » Avec les 350 000 € investis sur la nouvelle ligne d’emballage et le projet d’établir deux nouvelles lignes pour booster la fabrication de 40 %, capter de nouveaux marchés et faire face à la demande ne devrait pas poser de problèmes au slow baker.



Par Sandra Minette / Photos Sandra Minette & DR
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Repères

Pains & Tradition en chiffres

• 10 ans d’existence
• CA 6M€, une croissance régulière à 2 chiffres
• 45 employés
• Production : 5 à 6 tonnes de pain/jour, 120 tonnes de farine/mois
• Pains & Tradition a été élu Slow Baker de l’année 2006

Filière

Un slow baker, qu’est-ce que c’est ?

Un slow baker, c'est un boulanger certifié pour son respect des règles anciennes de la boulangerie : pas de produits chimiques ou de synthèse, fabrication avec des matières premières sélectionnées, de terroir et non manipulées, techniques de production à l'ancienne c'est-à-dire des pâtes bien hydratées, des fermentations longues, des fabrications manuelles, des cuissons sur pierre…
L'association Slow Baking regroupe plus de 400 boulangers en Allemagne, Belgique, Suisse, Autriche et même Etats-Unis. En France, elle concerne 40 boulangers, et 160 sont en cours de certification. Il s’agit d'une véritable élite de la boulangerie qui à prendre le contre-pied de la malbouffe et lutte contre le mauvais pain. Chaque année, l'association nomme son meilleur boulanger. La certification est délivrée par l’institut des céréales IGV de Berlin/Bergholz Rehbrücke, et est remise en question chaque année par des audits extrêmement sérieux.

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L'EDITO

  • Taille et management

    La taille n’est pas tout. Dans une entreprise compte tout autant la gouvernance, son volontarisme et sa réactivité. Une part du regroupement de Champagne Céréales et Nouricia, sous le nouveau nom de Vivescia, tient sans doute aussi à cela. Avec un actionnariat regroupé, le nouvel ensemble a sans doute les moyens d’être plus offensif dans la filière céréales-farine-boulangerie-pâtisserie-viennoiserie. Avec la hausse persistante des matières premières, ce secteur a de fortes chances d’être en réorganisation. Déjà, une entreprise comme le néerlandais CSM annonce qu’elle veut céder une partie  de ses activités spécialisées dans les ingrédients et produits destinés aux boulangeries. Cette entreprise, « Bakery Supplies » réalise pas moins de 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le nouveau groupe Vivescia peut-il être de ceux qui sont intéressés par de telles entreprises, de tels produits à valeur ajoutée ?
    Reste que, derrière ce mastodonte, il y a les autres. Les entreprises moyennes qui doivent elles aussi investir dans la croissance rentable. Et il y a l’international. Les produits céréaliers sont des produits mondiaux.
    Le croissant n’est pas que français. On se prend à rêver que des groupes de l’Hexagone soient présents à travers la planète et pas seulement pour vendre des céréales brutes. Là encore, c’est autant une question de management que de taille. Les entreprises françaises, en général, souffrent d’un manque d’emploi de cadres et de gestionnaires venus d’autres pays du monde. C’est encore plus vrai en agroalimentaire. Or, il n’y aura pas d’internationalisation sans que les équipes viennent apporter des expériences d’autres régions. C’est vrai des groupes coopératifs comme des groupes privés.
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