Très actives, les équipes de recherche et de développement des industriels de la boulangerie et de la viennoiserie planchent sur quelques thèmes prioritaires, dont le "clean label" et la nutrition, mais aussi la conservation et la fraîcheur. Enzymes, levains et ingrédients céréaliers peuvent tracer la voie de la naturalité.
Si l'on en croit "l'engouement " des consommateurs et industriels pour la "naturalité" ou encore "l'authenticité", il ne devrait bientôt plus y avoir, sur le marché, de pains ou de viennoiseries préemballés contenant des additifs (conservateurs, émulsifiants, stabilisateurs et autres anti-oxydants) issus principalement de la synthèse chimique. Sous la pression des consommateurs, les industriels annoncent en effet, haut et fort, vouloir remplacer ces additifs (indiqués E sur les packs) par des ingrédients fonctionnels issus de la biotechnologie (fermentation microbienne ou fongique) ou de l'extraction végétale. Ils seraient même nombreux à interroger leurs fournisseurs pour obtenir des solutions partiellement ou totalement "clean label" (c’est à dire sans additif), avec lesquelles ils puissent rester économiquement compétitifs, tout en maintenant les fonctionnalités de leurs recettes, voire en les améliorant. Pourtant, ils ne sont que quelques-uns à avoir déjà lancé des gammes totalement "E free". En 2010, Harry's France (Barilla) a, par exemple, mis sur le marché le premier pain de mie sans additifs. Bridor (Le Duff) a, la même année, proposé la première gamme de viennoiseries sans additifs. Neuhauser travaille sérieusement au "clean label" ; il lui a même dédié un de ses fournils... C'est que, comme l'explique, à l'unisson avec d'autres, Frédéric Bredon, Directeur R&D des Grands Moulins de Paris (GMP), la démarche suppose un véritable engagement : "La substitution, dans les améliorants, des émulsifiants classiques par des solutions enzymatiques doit s'accompagner d'un compromis d'adaptation, c'est-à-dire d'une remise à plat complète du process et surtout d'une grande technicité, liée à la sensibilité des enzymes." Les artisans-boulangers se disent, eux-aussi, concernés par cette vague de naturalité, pour les pains autres que le pain de tradition française, par essence "clean label". Ils vont, par exemple, rechercher des alternatives à l'acide ascorbique ou aux émulsifiants anti-cloques en technologie pains surgelés pour terminaux de cuisson. Mais leurs produits n'étant pas étiquetés, ils subissent moins de pression des consommateurs. Quelle que soit la dynamique des opérateurs, les recherches et les développements, en matière de naturalité, de fraîcheur et de nutrition, continuent à aller bon train, chez les industriels eux-mêmes, comme chez les fournisseurs, et dans les instituts de recherche (voir encadré).
Une baguette à haute valeur nutritive Ainsi, GMP, qui historiquement a toujours noué de nombreux liens interprofessionnels en matière de recherche (avec l'INRA, au sein de Céréales Vallée...), se mobilise fortement sur deux thèmes : la biotechnologie de la fermentation des levains et la fonctionnalisation et l'extraction des composants "d'intérêt" (nutritionnel et autres) dans le blé. Témoin de son intérêt pour la nutrition, le groupe a, par exemple, participé au programme de recherche européen Healthgrain et a été l'un des promoteurs du programme BléNat (optimisation nutritionnelle à travers la sélection variétale des blés), qui vient tout juste de se terminer. Il est actuellement engagé dans le programme "pan&sens", labellisé Valorial, pour la conception d'une baguette française qui soit, à la fois, de haute qualité nutritionnelle (à teneur réduite en sel, enrichie en fibres), à forte valeur plaisir et sans surcoût tarifaire. Limagrain Céréales Ingrédients (LCI), qui met au point des ingrédients fonctionnels depuis 30 ans, pour plusieurs secteurs dont la boulangerie/viennoiserie/pâtisserie, est aussi très actif sur le thème de la nutrition. Il s'intéresse notamment aux fibres insolubles (variétés de blé sélectionnées pour leur amylose, leurs fonctionnalités...), tout en ayant un regard sur les fibres solubles. "Il faut trouver le bon équilibre entre les fonctionnalités nutritionnelles des deux types de fibres, solubles et insolubles, explique Sophie Chapron responsable R et D. Car, en panification, le seul enrichissement en fibres solubles présente des limites technologiques." LCI participe à deux programmes collectifs : BléNat et Nutripan (en cours) qui, issus de Céréales Vallée, ont pour objet d’améliorer le pain traditionnel français, en lui conférant plus de fibres, de vitamines et de minéraux. De nombreuses recherches tournent d'ailleurs autour des fibres, des prébiotiques, des probiotiques et autres spécificités enzymatiques. Il est, par exemple, de notoriété publique que Cargill, qui malheureusement n'a pas souhaité répondre à notre enquête, étudie de nombreuses sources d'hydrocolloïdes pour obtenir autant de fibres insolubles et solubles, facteurs de réduction des risques cardiovasculaires et du cholestérol. Et que Danisco, également très silencieux, étudie de manière très active les probiotiques. Le Groupe Soufflet décuple ses recherches dans la voie enzymatique, dans le but de valoriser ses co-produits céréaliers. Ainsi, 77 M euros ont été investis dans le programme Osiris pour la production de biocatalyseurs (complexes enzymatiques), dont une partie profite au secteur de la panification (encadré Fermentation en milieu solide). Et 23 M euros l'ont été dans 4 programmes de R&D régionaux, dont 2 concernent la boulangerie : Catalyp (développement d'un bioémulsifiant) et Panitaste (obtention de produits céréaliers allégués santé). Novozymes continue à investir 14 % de son chiffre d'affaires annuel en R & D (tous secteurs confondus). Ses priorités : la fraîcheur et l'allongement de la durée de conservation. Il travaille, notamment, à de nouvelles versions d'enzymes existantes, notamment pour les rendre plus efficaces et moins chères. Quant à Lallemand, il s'appuie sur ses deux grands centres de recherche, à Montréal et à Toulouse, pour sélectionner des souches de levains et de bactéries capables de travailler plus vite et sur des plages de températures plus larges.
Des ingrédients fonctionnels très divers... Prolixes, les formulateurs (AIT Ingrédients, Eurogerm, GMP, Lallemand, Lesaffre, LCI, Puratos...) se disent très actifs pour dénicher ou développer de nouveaux ingrédients technologiques ou pour en utiliser certains connus mais encore peu diffusés en boulangerie-viennoiserie. "Grâce à une veille technologique très poussée dans le monde entier, nous repérons les matières premières les mieux adaptées à une problématique donnée, explique Thierry Mathey, Directeur conception et développement chez Eurogerm. Et, une grande partie des équipes passent tout leur temps à croiser les activités enzymatiques et à combiner les matières premières entre elles pour étudier les fonctionnalités possibles. En deux ans, nous avons mis au point des complexes enzymatiques particulièrement intéressants en panification et en viennoiserie." LCI, qui développe des ingrédients fonctionnels depuis 30 ans, pour plusieurs secteurs dont la boulangerie/viennoiserie/pâtisserie, a plusieurs axes d'investigation : l'authenticité/naturalité, la nutrition/bien-être et la réduction des coûts (en restant dans l'authenticité). Ainsi, 80 % de ses améliorants pour panification sont "clean label" et la 1ère gamme "lowcost", Hydra, visant à mettre plus d'eau dans les recettes, commence à être proposée, avec un premier produit, Hydra 0,2 %. Puratos, un des leaders européens en améliorants, annonce travailler à la sélection de xylanases (pour la tenue des pâtes) et de protéases (pour la fraîcheur et le moelleux) actives dans des conditions extrêmes : à basses températures (xylanases actives issues de souches bactériennes de l'antarctique) et pendant la cuisson, entre 60°C et 80 °C (protéases issues de souches bactériennes de sources d'eaux chaudes du parc américain Yellowstone). Et il pointe son intérêt pour la nutrition. "Le PNNS (Plan national Nutrition Santé) progresse sans cesse, nous devons coller à ses préconisations et même les devancer, en étant force de proposition", indique Frédéric Souply, Directeur R&D en France. Tout comme Lesaffre et le canadien Lallemand qui travaillent, entre autres, aux fonctionnalités bien-être et nutrition de leurs levains. Lesaffre possède aussi une grande mâitrise des combinaisons enzymatiques. Il vient de proposer le concept Pain'minute pour les pains courants surgelés destinés aux terminaux de cuisson. Lequel associe son améliorant Oxygène (voir encadré) à un nouveau process, une première cuisson à haute température et une remise en oeuvre en moins de 3 minutes. Le pain n'est pas précuit, il est cuit à 95 % puis surgelé. GMP a dédié un département complet au développement d'ingrédients fonctionnels, qu'il décline autour de 5 axes (goût/plaisir, environnement, conservation, choix, nutrition). "Historiquement, nous utilisions en interne les levains secs pour leurs activités sensorielles, rappelle Frédéric Bredon. Depuis, nous nous sommes aperçus que ces levains recellaient de nombreuses autres fonctionnalités, nutrionnelles et fonctionnelles, tout à fait essentielles à la filière et porteurs de différenciation. Ainsi, nous avons lancé notre première gamme de levains secs fonctionnels, Fermitec, soit 6 références qui répondent à une grande partie des besoins. Les progrès en matière de screening de bactéries, de process et de substrats de fermentation permettent d'espérer aller plus loin." En 2009, le groupe s'est aussi distingué en isolant la couche à aleurone du blé, hautement nutrionnelle (particulièrement riche en magnésium et en vitamines B). Ce qui a donné lieu à un produit d'enrichissement des farines, Ixoblé aleurone 70.
...Pour une fraîcheur prolongée et un aspect optimisé Le prolongement de la fraîcheur et de la durée de conservation, que les hommes de métier relient souvent au moelleux et à l'humidité en bouche, étaient classiquement obtenus - avec des résultats plus ou moins aboutis - par l'action d'émulsifiants (mono et diglycérides, stéaralate lactilate de sodium...) et d'épaississants (guar, xanthane...), associés ou non à des enzymes traditionnelles comme les amylases fongiques, les glucose oxydases.... Elles commencent à l'être par des solutions alternatives entièrement "clean label", en général des améliorants intégrant des mélanges d'enzymes, des farines traitées (maltées, torréfiées...), des fibres, des oxydants naturels, des levains... Les enzymes sont alors souvent de deuxième génération, issues de bactéries génétiquement modifiées produisant une activité enzymatique amplifiée, ou de souches plus classiques mais encore peu utilisées en panification/viennoiserie. Les levains sont utilisés pour leur sensorialité et bien d'autres fonctions. Eurogerm complète activement et régulièrement sa gamme d'améliorants Addigerm avec des références "clean label", dans diverses applications : pain cru surgelé, pain de mie, produits de briocherie et croissants. GMP, qui prévoit de continuer à développer sa première gamme de levains secs fonctionnels, propose aussi des améliorants "clean label" à activités enzymatiques émulsifiantes pour pain de mie. AIT Ingrédients enrichit sa gamme d'améliorants Perfeckt avec une première référence clean label, Perfeckt Natur'liss : un complexe enzymatique qui se substitue à l'E 471 pour une action anti-cloques efficace en pousse contrôlée (jusqu'à 72 heures). Un améliorant qui a, en outre, l'avantage de contenir de l'acérola, un extrait végétal naturel, en remplacement de l'acide ascorbique de synthèse. Il vient, aussi, de lancer VitalMalt Seigle, un émulsifiant "clean label", en fait de la farine de seigle malté (activités enzymatiques spécifiques, richesse en vitamine B9 et en minéraux). Depuis un an, LCI développe une gamme d'améliorants "clean label" pour les produits de panification et de viennoiserie emballés (80 % de ses améliorants) : Data Crisp Croissant CL (consistance de pâte régulée, souplesse et tolérance), Data Soft Viennois CL (moelleux, fraîcheur) et, pour le pain de mie, Data Soft Bread CL (moelleux, élasticité de la mie). "Notre savoir-faire consiste en fait à trouver, pour une fonctionnalité donnée, la bonne synergie entre une farine issue de variétés de blé sélectionnées et fractionnées par nos soins et des enzymes du marché, explique sophie Chapron, responsable R&D. Aujourd'hui, les fonctionnalités les plus demandées sont la rétention d'eau, l'allongement de la DLUO et le moelleux, en "clean label" ou non." En 2009, Novozymes lançait une deuxième version de son amylase maltogène, la "Novamyl Pro" : une molécule identique mais plus efficace en termes de persistance du moelleux et de conservation (gain de 2 à 3 jours pour le même dosage, fraîcheur préservée jusqu'à 5 jours à température ambiante). En 2011, il propose sa Lipopan Xtra, sous forme concentrée (quantités nécessaires plus faibles et coûts réduits), s'ouvrant ainsi le marché des producteurs les plus modestes . Lallemand et Lesaffre France continuent à décliner, auprès des fabricants de pain de mie, pains au levain, brioches..., leurs gammes d'améliorants à base de levains conservateurs (levains propioniques inactifs), comme alternative partielle ou totale au bromate de potassium. "Aujourd'hui, notre gamme Xtendlife n'est pas tout à fait "clean label" puisqu'elle combine nos levains conservateurs et un correcteur d'acidité, le glucono-delta-lactone/E 585, remarque Stéphane Lacroix, directeur industriel sur Europe de l'Ouest chez Lesaffre France. A la demande des industriels, la prochaine génération sera totalement "E-free"." Le fabricant propose aussi un améliorant "clean label" pour le moelleux : "Les combinaisons enzymatiques proposées dans Xtendlife remplacent ici jusqu'à 4 émulsifiants de synthèse", ajoute notre interlocuteur. Puratos propose depuis peu, aux industriels fabricants de "panetone", un levain permettant de conserver la fraîcheur en bouche avec un produit datant de 6 mois, soit aussi longtemps qu'en fabrication traditionnelle. Les souches de ce levain ont d'ailleurs été sélectionnées à partir de prélèvements chez des artisans. Grâce à l'acquisition, il y a à peine un an, de Diamalteria (leader italien sur le marché des malts pour boulangerie), Malteurop (Champagne-Céréales) se lance dans les améliorants à base d'extraits de malt, dont les potentiels enzymatiques et énergétiques sont considérables.
... Pour des goûts et des couleurs inédits Valeurs d'appel, la blancheur de la mie, la coloration de la croûte et l'arôme des pains et des viennoiseries sont aussi obtenues par des voies naturelles. Dans ce domaine, les levains et des farines traitées présentent des potentialités importantes. "Par l'intermédiaire de nombreux sous-traitants, nous produisons nos propres matières premières pour créer des fonctionnalités exclusives mais aussi des colorations et des aromatisations inédites, présente Thierry Mathey, chez Eurogerm. Ce sont par exemple des levains, des farines maltées ou torréfiées... provenant de différentes céréales, originales et exotiques, comme le maïs violet." Eurogerm a ainsi récemment complété sa gamme de farines traitées, Parfen, de nouvelles références : Duo, un mélange de blé et de maïs qui apporte des notes beurre noisette et grillé/torréfié et une couleur crème ; Epeautre, une farine d'épeautre maltée et torréfiée pour un goût à la fois fruité et fermenté. AIT Ingrédients continue à développer sa gamme de farines maltées/torréfiées, qui comporte aujourd'hui 22 références. Novozymes a lancé GoldCerust, une nouvelle amylo-glucosidase dont le ratio coût/efficacité a été optimisé par rapport à la solution précédente (signée AMG). Cette enzyme est particulièrement intéressante pour les pains précuits et les productions à fermentation contrôlée, qui a tendance à donner des croûtes plus pâles. Par son action d'hydrolyse, elle libère plus de glucose et amplifie le brûnissement, par une activation des réactions de Maillard en cours de cuisson. En outre, le temps de cuisson étant globalement plus court, le produit conserve plus d'humidité et les risques d'écaillage de croûte à la décongélation sont réduits.
La nutrition, une autre voie d'exploration Au-delà de leur pouvoir aromatique, les levains présentent, aujourd'hui, des fonctionnalités nutritionnelles. Lallemand a été le premier à lancer des levures désactivitées exhausteurs de goût salé, signées "Fermaid 1015". Plus récemment, Lesaffre France a proposé Le Gustal, avec lequel il connaît déjà un grand succès. Et Puratos a mis sur le marché "Sapore Nabuco" pour une réduction de 25 % du taux de sel. Lallemand, Lesaffre et Puratos ont aussi lancé, pour l'industrie, des levures enrichies en selenium et en divers minéraux. La toute dernière référence de Lallemand est le "Lalmin Imune Blend", un mélange de levures enrichies en sélénium, en vitamine D et en fibres (Bêta-glucanes). Pour le développement de son exepertise nutrition en boulangerie, Lesaffre s'appuie sur son département Human Care. Créé il y a trois ans, celui-ci a déjà lancé des compléments alimentaires à base de levures probiotiques, anti-stress, enrichies en fibres (écorces de levures)... et même des levures pour les industriels, enrichies au selenium (déjà au Japon dans des pains de mie), en vitamine D... Puratos commence, en outre, à développer une gamme de préparations prêtes à réhydrater pour des produits de panification et de viennoiserie pour différents moments de consommation et pour des populations ciblées. Première référence, disponible depuis mai 2011 : Puravita, pour des produits de petit déjeuner, riches en fruits, donc naturellement riches en fibres (solubles et insolubles) et en protéines.
par Sabine Carantino / Photos DR
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histoire
Les dates qui ont compté
- 1957 : Grands Moulins de Paris (GMP) fonctionnalise ses farines en inventant la turboséparation. - 1968 : GMP lance les premiers mixes. - 1975 : Puratos propose le premier améliorant déjà un peu "clean label", contenant entre autres une xylanase endogène aux qualités émulsifiantes. - 1990 : Novozymes lance Novamyl, une amylase maltogène d'origine bactérienne très efficace pour préserver le moelleux et allonger la durée de conservation des pains de mie et autres produits de panification et de viennoiserie. - 1992 : Soufflet pense aux lipases comme alternative aux additifs (à une époque où celles-ci ont une très mauvaise image dans la profession). Engagement dans le programme de recherche Bread Enzyme, labellisé Eurêka, avec le CNAM. Un travail qui a abouti au lancement (début 2011) de son 1er améliorant totalement clean label, Perfeckt Natur'liss. - 1995 : Lesaffre France développe Oxygène, un améliorant contenant une glucose oxydase, proposé en alternative à l'acide ascorbique, pour des pains de type khebab et autres sandwichs. - 1995 : GMP lance les farines thermisées comme ingrédients texturants. - 2001 : Novozymes propose le Lipopan F pour remplacer les data-esters (émulsifiants). Soit une lipase capable d'agir sur tous les lipides (phospholipides, lipides, triglycérides et galactolipides) de la farine (3 % hors germe). En 2006, suit une deuxième lipase, Lipopan Xtra, mieux adaptée aux schémas de panification courts (de 2 h ou moins).
Les enzymes dans la panification et la viennoiserie
Meuniers et boulangers utilisent couramment, aujourd'hui, des préparations enzymatiques, obtenues par voie fermentaire (en milieu liquide ou solide), à partir de moisissures ou de bactéries (OGM ou non OGM). Les meuniers ajoutent couramment des amylases, des hémicellulases/pentosanases et des xylanases dans la farine pour optimiser son potentiel de panification et adapter la rhéologie de la pâte au process de panification. Les boulangers utilisent des améliorants qui contiennent généralement diverses enzymes (amylases, hémicellulases, glucose-oxydases, lipases, protéases, xylanases...). Ces améliorants facilitent le travail de la pâte et la fermentation de la levure et optimisent les qualités des produits finis (volume, croustillant et couleur, durée de conservation, fraîcheur et moelleux). Déjà relativement longue, la liste des préparations enzymatiques autorisées en tant qu'auxilliaires technologiques est vouée à s'enrichir régulièrement. Un arrêté du 9 juin 2011 stipulait, par exemple, l'autorisation d'utilisation d'une xylanase issue d'une souche de Trichoderma longibrachiatum non génétiquement modifiée (CBS 614.94), en biscuiterie, viennoiserie, pâtisserie, panification (à l'exception du pain de tradition française) et panification spéciale. "La grande question est de savoir comment va évoluer la législation en matière d'enzymes avec la nouvelle réglementation européenne qui se met en place, souligne Christine Rosa-Pillevesse, Account-Manager chez Novozymes. Jusqu'à présent, les enzymes sont considérées comme des auxilliaires technologiques, c'est-à-dire des produits n'ayant plus d'effets dans le produit fini. En panification, elles sont détruites par la cuisson, elles n'ont donc plus d'effets technologiques et ne sont pas, de fait, soumises à une obligation d'étiquetage."
Une farine d'emblée clean label
D'autres voies se dessinent pour répondre à la demande de naturalité : la réduction des ajoûts, voire même le sans-ajout. Dans ce cas, c'est le traitement des grains qui apporte de nouvelles fonctionnalités à la farine et permet de réduire, voir éliminer les améliorants.
Moulins Soufflet vient ainsi de lancer deux produits : - La farine BlancDeBlé, farine naturellement complète et claire, issue de la mouture d'un blé blanc dont les enveloppes (sons) sont si claires que le pain complet, riche en fibres, retrouve naturellement la clarté des pains blancs. En outre, elle ne nécessite aucun apport de fibres exogènes. - La farine Micro'perfect, une gamme de farines à très faible teneur en micro-organismes (grâce à un nettoyage particulier des blés) qui, en l'absence d'additifs et avec moins de conservateurs, apportent déjà des bénéfices significatifs : régularité des produits sans défaut d'aspect, amélioration de la tolérance des pâtes; conservation optimisée, allongement des DLUO...
Green Technologies (filiale du groupe Goemar) développe sa gamme Qualista® - Soumis au process Oxygreen®, un traitement d'oxygénation par ozonisation mis au point par Green Technologies et mis en Ouvre par Paulic Minotiers (15 ans de recherche et 6 brevets internationaux), les grains de blés (tendres et durs) sont avant tout propres (élimination des micro-organismes, contrôle des mycotoxines, destruction des pesticides et des insectes de stockage). Mais ils ont aussi la particularité de fournir des farines oxydées aux fonctionnalités intéressantes pour la panification. C'est sur ce constat que la gamme de farines Qualista® est constituée pour le pain artisanal, dont les types 55 et 80, les plus couramment utilisés en panification (baguette de tradition française, pain courant). Sans aucun additif ajouté, les farines ou les pâtes présentent d'emblée les fonctionnalités des améliorants (volume, alvéolage...), de l'acide ascorbique, des conservateurs (encore croustillant 24 h après)... Avec, en prime, un large panel de couleurs et un goût de blé fraîchement coupé. Et le taux de sel peut être réduit. Les résultats sont notamment très bons en panification différée de 48 h et en pain surgelé... En 2011, une enseigne de boulangerie, La Fée Farine, est lancée pour l'utilisation de ces farines. Et des tests sont effectués avec des industriels sur des pains de mie, dont les DLUO sont allongées. Notons que le process Oxygreen® est reconnu par l'Afssa comme auxilliaire technologique (lire l'article).
Osiris : la fermentation en milieu solide
Procédé traditionnel de production d'enzymes, largement répandu au Japon, la fermentation en milieu solide faiblement hydraté consiste à inoculer, sur un substrat spécifique (ici des co-produits céréaliers), des microorganismes de souches non OGM, clairement identifiées et isolées en interne. Pleine de ressources, elle est le pilier du programme de recherche Osiris (2008 - 2015), lancé par le Groupe Soufflet, en collaboration avec l'équipementier Maguin et l'Institut de Science et d'Ingéniérie Supramoléculaire de Strasbourg, pour valoriser les agro-ressources (co-produits céréaliers). Le Groupe Soufflet acquiert ses premières expériences en fermentation en milieu solide, en 1994, en même temps qu'il fait ses premiers pas en biotechnologie. Il enrichit son expertise en acquiérant l'usine de Lyven auprès d'un groupe sucrier qui y valorisait ses pulpes de betterave par fermentation en milieu solide. Et il engage un véritable programme de recherche, soutenu par Oséo ISI (ex-AII) depuis 2006, à hauteur de 77 M€ dont 31 M€ d'aides publiques, qui deviendra le programme Osiris, lancé officiellement en 2008. Osiris s'inscrit dans les priorités du 7ème programme cadre de R & D technologique de la Commission européenne.
Des recherches toujours très actives sur les enzymes et leurs modes d'action
Plusieurs instituts de recherche français et européens sont, depuis des années, impliqués dans des recherches autour des enzymes.
INRA (Montpellier et Nantes) - De 1993 à 1995, nombreuses études à l'Inra de Montpellier sur les hémicellulases/pentosanases et xylanases (modes et limites d'actions).
- Participation de l'INRA de Nantes au programme européen Healthgrain (2005 – 2010), intégré au 6ème programme-cadre de recherche de la Commission européenne. Objet : développer une nouvelle génération de produits céréaliers avec des bénéfices santés importants. INRA : amélioration de la qualité nutritionnelle du grain (richesse en fibres). Puratos : mise au point d'une xylanase adaptée à une farine riche en fibres. Grands Moulins de Paris : extraction des composés nutritionnels du blé.
- Participation de l'INRA de Nantes au projet labellisé Valorial, Pan & Sens : Elaboration d'une baguette française de haute qualité nutritionnelle à forte valeur hédonique. Avec Food Développement, BPA, la Mie Caline et AIT Ingrédients (2011 - 2014).
CNAM (chaire de biochimie industrielle et agro-alimentaire) - En 1992 : Programme Eurêka, "Etude des phénomènes physico-chimiques dans les pâtes et les farines de blé tendre". Notamment, rôle des lipases et de l'oxygène de l'air incorporé au cours du pétrissage sur le blanchiment du pain et sur la structure de l'alvéolage de la mie (brevets en pousse contrôlée et en pain de mie). Participation de Soufflet. Avec ce travail, le CNAM acquiert une vraie spécialité dans les lipases. Et les lipases commencent à être proposées pour remplacer les émulsifiants de type acides gras saturés. - De 1993 à 2011 : étude du rôle du 5ème ingrédient de la pâte, l'air ou plus exactement l'oxygène de l'air incorporé au cours du pétrissage en collaboration de Lesaffre, Puracor, Puratos, Soufflet... Il est observé que l'oxygène est majoritairement consommé pour oxyder les acides gras polyinsaturés (et ainsi renforcer la pâte). Que les enzymes ajoutées (oxydo-réductases et hydrolases) alimentent en substrat les lipoxygénases et lipases endogènes et influent sur la consommation d'oxygène. Et que l'oxygène est aussi largement consommé par les levures. La quantification des phénomènes oxydatifs et des compétitions (entre enzymes et levures) permet de mieux raisonner la formulation par rapport à l'oxydabilité des farines (mieux doser les enzymes, voire ne plus en rajouter en cas de sur-oxygénation, optimiser le moment de l'ajout des levures...) et d'optimiser l'opération de pétrissage (sous vide, en suroxygénation...).
Katholieke Universiteit Leuven (Belgique) - De 1993 à 2009, nombreux travaux de recherche sur les inhibiteurs (présents dans les céréales) de xynalases (avec l'Inra de Montpellier, Danisco...), sur la thermorésistance des xylanases (avec Puratos...). - En cours, deux programmes. Gemini : avec Université Marseille-Aix en Provence et Inra de Montpellier, étude fondamentale des procédés d'inhibition des amylases, polygalacturonases et xylanases. Sofibread (Solutions fibres pour panification) : mise en évidence de xylanases capables, même en présence d'inhibiteurs, de solubiliser les Arabinoxylanes et Bêta-Glucanes de blé et d'orge. Trois xynalases résistantes à trois différents types d'inhibiteurs (dont une de Danisco) sont déjà sur le marché. - En cours, des études fondamentales sur le rôle de la température et autres paramètres sur le fonctionnement des xylanases (certaines étant OGM).
L'EDITO
Taille et management
La taille n’est pas tout. Dans une entreprise compte tout autant la gouvernance, son volontarisme et sa réactivité. Une part du regroupement de Champagne Céréales et Nouricia, sous le nouveau nom de Vivescia, tient sans doute aussi à cela. Avec un actionnariat regroupé, le nouvel ensemble a sans doute les moyens d’être plus offensif dans la filière céréales-farine-boulangerie-pâtisserie-viennoiserie. Avec la hausse persistante des matières premières, ce secteur a de fortes chances d’être en réorganisation. Déjà, une entreprise comme le néerlandais CSM annonce qu’elle veut céder une partie de ses activités spécialisées dans les ingrédients et produits destinés aux boulangeries. Cette entreprise, « Bakery Supplies » réalise pas moins de 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le nouveau groupe Vivescia peut-il être de ceux qui sont intéressés par de telles entreprises, de tels produits à valeur ajoutée ? Reste que, derrière ce mastodonte, il y a les autres. Les entreprises moyennes qui doivent elles aussi investir dans la croissance rentable. Et il y a l’international. Les produits céréaliers sont des produits mondiaux. Le croissant n’est pas que français. On se prend à rêver que des groupes de l’Hexagone soient présents à travers la planète et pas seulement pour vendre des céréales brutes. Là encore, c’est autant une question de management que de taille. Les entreprises françaises, en général, souffrent d’un manque d’emploi de cadres et de gestionnaires venus d’autres pays du monde. C’est encore plus vrai en agroalimentaire. Or, il n’y aura pas d’internationalisation sans que les équipes viennent apporter des expériences d’autres régions. C’est vrai des groupes coopératifs comme des groupes privés....
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